
Le secteur de la pêche demeure confronté à de nombreuses difficultés particulièrement dans le Sud-Est d’Haïti , en raison notamment du manque d’investissements publics, d’équipements et d’infrastructures de conservation. C’est le constat dressé par Moril Jeudy, coordonnateur général du MOPPEDES (Mobilizasyon Peyizan ak Pèchè pou Devlopman Ekonomik ak Sosyal), lors de son intervention à l’émission TIKOZE SOU ÒGANIZASYON , présentée par l’agronome Marcelin Jean Sagaille, le samedi 19 septembre 2026.
Selon Moril Jeudy, l’État haïtien accorde peu d’attention au secteur de la pêche et laisse une grande partie des interventions aux organisations non gouvernementales (ONG). Il estime que cette situation constitue un frein au développement d’une activité qui fait vivre de nombreuses familles dans les communautés côtières.
Prenant la parole sur la situation du secteur, le responsable du MOPPEDES affirme que l’État haïtien « néglige » la pêche et que plusieurs initiatives sont réalisées principalement grâce à des projets financés ou mis en œuvre par des ONG. « Leta lage sektè lapèch la sou kont ONG », a-t-il déclaré.
Le PDG de GECOM Pêche cite notamment les dispositifs de concentration de poissons (DCP). D’après lui, certains DCP ont été installés dans le cadre de projets d’ONG .
Malgré ces difficultés, il souligne que certains entrepreneurs et citoyens engagés continuent d’investir dans le secteur afin de contribuer à son développement.
Moril Jeudy, qui est également ancien coordonnateur départemental du PNCS dans le Sud-Est, cadre au PNCS, président du syndicat du PNCS, entrepreneur agricole et PDG de GECOM Pêche & Élevage et de GECOM Aquaculture, appelle ainsi les autorités à considérer la pêche comme un secteur économique à part entière.
Des critiques concernant l’accompagnement institutionnel
Pour le coordonnateur du MOPPEDES, le ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement ont un rôle important à jouer dans l’accompagnement des pêcheurs et la protection des ressources naturelles.
Il déplore notamment que les ONG soient souvent à l’origine de certaines actions de protection des mangroves et des aires protégées. Selon lui, l’Etat ne consacre pas de moyens au développement du secteur de la pêche
Il cite le cas de La Saline , à Jacmel, où se trouve une réserve de mangroves. Moril Jeudy dénonce le fait que des personnes puissent continuer à pénétrer dans ces espaces et à couper les mangroves, notamment pour construire des habitations de fortune ou produire du charbon de bois.
Il estime également que le ministère de l’Agriculture devrait renforcer son accompagnement auprès des associations de pêcheurs, notamment à travers la présence d’agronomes et l’organisation de formations techniques.
Le Sud-Est manque d’infrastructures de pêche
La situation est particulièrement préoccupante, selon Moril Jeudy, dans un département qui compte neuf communes ayant un accès à la mer.
Il rappelle que plusieurs communes, notamment Marigot, Belle-Anse et Bainet, disposent de centres de pêche mis en place dans le cadre de projets soutenus par des organisations telles que l’AECID, Caritas Suisse ou Helvetas. En revanche, Jacmel ne dispose pas, selon lui, d’un véritable centre de pêche permettant notamment de soutenir les pêcheurs et d’assurer une meilleure conservation des produits de mer .
Cette absence d’infrastructures entraîne, poursuit-il, des pertes importantes de poissons, faute de moyens adéquats pour les conserver. À cela s’ajoutent le manque d’équipements et de matériels nécessaires à l’activité des pêcheurs.
Le problème de la commercialisation
Moril Jeudy évoque également les difficultés rencontrées par les pêcheurs de Belle-Anse pour écouler leur production.
Selon son témoignage, certains pêcheurs sont contraints de se rendre jusqu’à la frontière avec la République dominicaine pour vendre leurs poissons, parfois à des prix qu’ils jugent peu avantageux.
Les difficultés de transport viennent aggraver la situation. L’insécurité et le blocage de certaines routes compliquent le déplacement des produits de la pêche vers les différents marchés, réduisant davantage les possibilités de commercialisation.
Un appel à intégrer la pêche dans le projet EFOSE
Dans le cadre du projet EFOSE, Moril Jeudy demande que des ressources soient spécifiquement prévues pour soutenir le développement de la pêche dans les communes concernées par les interventions du projet.
Il estime que les programmes de développement ne devraient pas se limiter à certains secteurs, alors que la pêche représente une activité économique importante pour les populations des zones côtières.
Moril Jeudy réclame une politique publique pour la pêche
Le responsable du MOPPEDES établit également une comparaison avec le secteur du transport. Il souligne que l’État accorde des mécanismes de soutien au carburant dans le secteur du transport, alors que les pêcheurs ne bénéficient pas, selon lui, d’un dispositif comparable.
Il plaide ainsi pour la mise en place d’une subvention destinée au secteur de la pêche, afin de réduire certaines charges auxquelles sont confrontés les pêcheurs. Aussi , doter les marchandes de Jacmel de matériels nécessaires tels que igloo , freezer, énergie solaire et la mise en place d’une chambre froide pour la commercialisation des poissons.
Pour Moril Jeudy, le développement du secteur passe notamment par la formation des pêcheurs, l’accès aux équipements et aux matériels, l’installation de DCP, la construction de centres de conservation du poisson et la mise en place de mécanismes de subvention.
Le coordonnateur général du MOPPEDES appelle les autorités haïtiennes à accorder une attention accrue au secteur de la pêche, particulièrement dans le Sud-Est, et à mettre en place des politiques publiques capables de renforcer la production, la conservation et la commercialisation des produits de la mer.
Jacmel Info
