
À l’occasion de la Semaine de l’Industrie 2026, organisée par le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) à l’Hôtel Karibe, à Port-au-Prince, Polyanna Domond, directrice exécutive de Poly D – Centre Écologique de Recyclage et de Valorisation (CERV), a présenté le 2 octobre 2026 l’expérience de son organisation et défendu une vision du recyclage comme véritable opportunité économique pour Haïti.
Invitée comme panéliste à une rencontre réunissant notamment des économistes, des industriels, des investisseurs ainsi que des représentants des secteurs public et privé, Mme Domond a placé au cœur de son intervention une question : comment transformer les déchets en matières premières, en produits, en emplois et en nouvelles sources de revenus ?
« Transformons l’ordure en or dur »
Pour la directrice exécutive de Poly D, les déchets ne doivent pas être considérés uniquement comme un problème environnemental. Ils peuvent également constituer une ressource susceptible d’alimenter une activité économique structurée.
« Derrière un déchet, il y a une matière première, un produit à fabriquer, un métier à créer, un emploi, une entreprise, un marché, un investissement et une nouvelle source de revenus », a-t-elle expliqué dans sa présentation.
Cette approche constitue le fondement de la vision portée par Poly D, résumée dans le slogan : « Transformons l’ordure en or dur ».
Selon Mme Domond, l’enjeu consiste désormais à passer d’initiatives isolées à une véritable chaîne de valeur capable d’organiser la collecte, le tri, la transformation et la commercialisation des matières récupérées.
De l’épreuve personnelle à l’engagement environnemental
Dans son récit, Polyanna Domond est également revenue sur les circonstances qui l’ont conduite à s’engager dans la protection de l’environnement.
Le séisme du 12 janvier 2010 a profondément bouleversé sa vie. Elle affirme avoir perdu vingt membres de sa famille ainsi que sa maison. À cette épreuve s’est ajoutée une paralysie faciale qui, selon son témoignage, a affecté sa confiance en elle.
Plutôt que de renoncer, elle dit avoir choisi de transformer cette expérience douloureuse en force et en engagement collectif. C’est dans cette démarche qu’elle s’est progressivement orientée vers la valorisation des déchets et la protection de l’environnement.
Son expérience avec Poly D Bed and Breakfast, construit notamment à partir de matériaux recyclés, devait ainsi servir de démonstration concrète du potentiel du recyclage créatif.
Poly D, une expérience de recyclage et de sensibilisation
Au fil des années, Poly D a accueilli, selon les données présentées par Mme Domond, plus de 200 établissements scolaires et universitaires, ainsi que des artistes haïtiens et étrangers et des ambassadeurs.
L’organisation affirme également avoir réalisé plus d’une centaine de séminaires et d’activités de formation autour du recyclage.
Des pneus, bouteilles en verre, plastiques, papiers de ciment et autres matériaux récupérés ont notamment été utilisés pour réaliser différentes œuvres et infrastructures.
Pour Polyanna Domond, cette expérience montre que le recyclage peut aller au-delà de la simple récupération des déchets et devenir simultanément un outil de création, d’éducation, d’innovation et de valorisation économique.
Une réhabilitation jugée nécessaire
Aujourd’hui, Poly D fait face à d’importantes difficultés. Le site est, selon sa directrice exécutive, fortement dégradé et nécessite une réhabilitation, tout comme la voie d’accès.
Pour Mme Domond, reconstruire Poly D ne signifie pas simplement remettre en état un espace physique. Il s’agit surtout de préserver une expérience déjà réalisée et de la transformer en une plateforme consacrée à la sensibilisation environnementale, la formation, la création et au développement d’activités économiques liées au recyclage.
Elle appelle ainsi à la mobilisation de partenaires issus de l’État, des collectivités territoriales, des organisations environnementales, du secteur privé, des fondations et des institutions financières.
Former les jeunes pour créer des emplois verts
La formation des jeunes occupe également une place importante dans la vision présentée lors de la Semaine de l’Industrie.
Poly D souhaite notamment développer des programmes avec des établissements scolaires afin de permettre aux élèves d’apprendre à transformer certaines matières récupérées en objets utiles.
L’idée défendue est de faire de l’élève non seulement un bénéficiaire de la sensibilisation environnementale, mais également un acteur de la production et de la valorisation des déchets.
Des élèves formés pourraient ensuite transmettre leurs connaissances à leurs camarades, notamment dans la fabrication de sacs et d’autres produits à partir de matières plastiques récupérées.
Cette démarche vise à associer éducation environnementale, apprentissage pratique, entrepreneuriat et création de revenus.
Vers une unité moderne de transformation des plastiques
Au-delà de l’artisanat et du recyclage créatif, Poly D ambitionne désormais de franchir une nouvelle étape avec la mise en place d’une unité moderne de collecte, de tri, de recyclage et de transformation des déchets plastiques.
Le projet présenté prévoit notamment l’utilisation d’équipements spécialisés, tels que des broyeurs ou granulateurs, des lignes de lavage et de séchage, des extrudeuses, des machines de moulage par injection et différents moules adaptés aux produits ciblés.
L’objectif serait de transformer les matières plastiques récupérées en produits destinés aux ménages, aux écoles et aux entreprises, notamment des assiettes, gobelets, bols, cuillères, pots, poubelles, seaux, cuvettes, bassines et chaises.
Pour Poly D, cette orientation pourrait contribuer à développer la production nationale, soutenir les petites et moyennes entreprises et réduire, à terme, une partie de la dépendance aux importations de produits en plastique.
Le recyclage au cœur de l’économie circulaire
Dans sa présentation, Polyanna Domond a également insisté sur la nécessité de développer une économie circulaire en Haïti.
Contrairement au modèle linéaire fondé sur l’extraction, la production, la consommation et le rejet, l’économie circulaire cherche à maintenir les matériaux dans le circuit économique le plus longtemps possible en favorisant leur récupération, leur réutilisation, leur transformation et leur recyclage.
Selon la vision défendue par Poly D, cette approche pourrait contribuer simultanément à la protection de l’environnement, la création d’emplois verts, l’augmentation des revenus, le développement économique, l’amélioration de la santé publique et la lutte contre la pollution.
Une filière à développer dans le Grand Sud
Poly D envisage également le développement de cette filière dans le Grand Sud, avec l’objectif de rapprocher dans un même espace les différentes étapes de la chaîne : collecte, tri, transformation et commercialisation.
L’installation d’une unité de transformation dans cette région pourrait, selon le projet présenté, favoriser la création d’emplois et de petites entreprises autour de la récupération et de la transformation des déchets.
L’organisation souhaite également que les produits fabriqués localement puissent porter une identité haïtienne, notamment à travers des designs inspirés de la culture et de l’art du pays, avec une indication telle que « Fabriqué en Haïti à partir de matériaux recyclés ».
Mesurer l’impact du projet
Pour assurer le suivi de cette initiative, Poly D propose également plusieurs indicateurs, parmi lesquels le nombre de tonnes de déchets collectées, triées et transformées, le nombre de personnes formées, les emplois créés, les entreprises accompagnées, les produits développés, le chiffre d’affaires généré et les investissements mobilisés.
Ces indicateurs doivent permettre d’évaluer à la fois l’impact environnemental, économique et social du projet.
« Derrière chaque déchet peut se cacher une valeur »
En conclusion de son intervention, Polyanna Domond a reconnu que le recyclage ne pouvait, à lui seul, résoudre l’ensemble des problèmes économiques et environnementaux auxquels Haïti est confrontée. Elle estime toutefois que le pays dispose d’une ressource encore insuffisamment exploitée.
L’enjeu, selon elle, est désormais de transformer les initiatives existantes en activités économiques structurées, capables de générer des emplois, des produits et de la richesse.
« Derrière chaque déchet peut se cacher une valeur que nous n’avons pas encore appris à exploiter », soutient la responsable de Poly D.
À travers sa participation à la Semaine de l’Industrie, Poly D entend ainsi inscrire le recyclage dans une perspective plus large, à la croisée de l’environnement, de l’innovation, de la production nationale, de l’entrepreneuriat et de la création d’emplois.
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