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Port-au-Prince – Le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse connaît un nouveau développement qui relance les interrogations sur le sort de l’ancien maire de Jacmel, Macky Kessa.
Arrêté en novembre 2023 après son audition par le juge d’instruction Walter Wesser Voltaire, Macky Kessa est depuis lors détenu dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse. À l’époque, la justice avait évoqué plusieurs éléments susceptibles de justifier son implication présumée, notamment sa participation à une rencontre organisée dans les locaux de la société CTU, en Floride.
Une photo qui interpelle
Au début de l’année 2021, alors qu’il était maire de Jacmel, Macky Kessa avait participé à une rencontre aux États-Unis avec plusieurs personnes qui allaient par la suite être citées dans l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse.
Son nom apparaît notamment dans des éléments du dossier d’enquête concernant Christian Emmanuel Sanon et la CTU. Un rapport cité dans les documents de l’enquête fait état de réunions auxquelles auraient participé plusieurs protagonistes, dont Macky Kessa.
Mais une question demeure : la présence de Macky Kessa à une réunion avec certaines personnes aujourd’hui poursuivies suffit-elle à établir sa participation à un complot criminel ?
Cette distinction est essentielle.
La présence d’une personne à une réunion ou sur une photographie avec des individus ultérieurement impliqués dans une affaire criminelle constitue un élément pouvant intéresser les enquêteurs, mais elle ne démontre pas automatiquement qu’elle connaissait leurs intentions criminelles ni qu’elle y participait.
CTU : quelles étaient réellement les raisons de cette rencontre ?
Selon les éléments rapportés dans le dossier d’enquête, Macky Kessa avait notamment été associé à un projet lié à l’énergie à Jacmel. Le rapport mentionne également un accord avec Walter Veintemilla, responsable lié à la CTU, concernant le financement d’un projet d’électricité dans la ville.
Cette version donne une autre dimension à la présence de Kessa aux États-Unis : celle d’un responsable municipal qui pouvait avoir des raisons professionnelles ou institutionnelles de rencontrer des représentants d’une entreprise privée.
C’est précisément là que se situe l’une des principales questions du dossier : quel était exactement l’objet de sa participation à ces rencontres et que savait-il réellement des activités des autres participants ?
Aucun verdict ne doit être tiré d’une photographie
Dans une affaire aussi grave que l’assassinat d’un président, la prudence s’impose.
Le fait que Macky Kessa apparaisse sur une photographie avec certaines personnes aujourd’hui poursuivies ou condamnées ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’il était partie prenante au complot.
Il faut également distinguer les accusations portées contre une personne, les éléments recueillis pendant une enquête et une éventuelle condamnation judiciaire.
Macky Kessa a, pour sa part, comparu devant la Cour d’appel de Port-au-Prince dans le cadre de cette affaire.
Une situation devenue encore plus singulière
Le dossier prend une tournure particulière en septembre 2026.
Joseph Félix Badio et 17 ressortissants colombiens détenus en Haïti dans le cadre de l’affaire ont été transférés vers les États-Unis. Selon les informations publiées par Le Nouvelliste, l’ancien maire de Jacmel Macky Kessa demeure, lui, détenu en Haïti. L’avocate des Colombiens, Nathalie Delisca, a estimé que ce transfert marque pratiquement la fin de la procédure judiciaire haïtienne dans ce dossier et a souligné la situation particulière de Kessa et d’un ancien agent de l’USP, Ronald Guerrier.
Cette situation pose une nouvelle question : sur quelles bases précises la justice haïtienne entend-elle maintenir Macky Kessa en détention alors que la procédure connaît de profondes transformations et qu’une partie importante des personnes poursuivies est désormais sous juridiction américaine ?
Et si les apparences avaient été différentes ?
Avec le recul, certains observateurs peuvent également se demander si une communication publique plus transparente de la part de Macky Kessa, à l’époque, aurait pu éviter certaines ambiguïtés.
S’il avait expliqué publiquement les raisons de son déplacement aux États-Unis, présenté les personnes qu’il devait rencontrer, précisé la nature de ses discussions autour d’un éventuel projet énergétique pour Jacmel et informé la presse de son agenda, les photographies retrouvées ultérieurement auraient peut-être été interprétées dans un contexte différent.
Mais cette hypothèse relève davantage du débat public que d’un fait judiciaire établi.
La question centrale : quelles preuves contre Macky Kessa ?
C’est finalement la question fondamentale.
La justice dispose-t-elle aujourd’hui d’éléments suffisamment solides, précis et individualisés permettant d’établir que Macky Kessa a participé au complot visant Jovenel Moïse ?
Ou bien son maintien en détention repose-t-il principalement sur ses relations avec certaines personnes impliquées dans l’affaire, sa présence à certaines réunions et des éléments circonstanciels ?
Les informations publiques disponibles ne permettent pas de trancher définitivement cette question.
Le principe fondamental demeure que la culpabilité d’une personne doit être établie par la justice sur la base de preuves, et non déduite simplement de ses fréquentations, d’une photographie ou de sa présence à une réunion.
Le débat sur sa libération
La question de la libération de Macky Kessa mérite donc d’être posée dans le cadre strict du droit : si les autorités judiciaires ne disposent pas d’éléments suffisants pour démontrer son implication personnelle dans l’assassinat, quelles sont les raisons juridiques justifiant le maintien de sa détention ?
Cette question n’implique ni de déclarer Macky Kessa innocent, ni de le considérer coupable.
Elle appelle plutôt la justice haïtienne à rendre publiques, dans les limites permises par la procédure, les bases factuelles et juridiques de la poursuite et du maintien en détention de l’ancien maire de Jacmel.
Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, les familles des victimes et la société haïtienne ont besoin de vérité et de justice. Mais cette justice doit également respecter les garanties fondamentales accordées à toute personne poursuivie.
La question n’est donc pas seulement de savoir qui était présent dans une photographie. Elle est de savoir ce que chacun savait, ce que chacun a fait et ce que les preuves permettent réellement d’établir.
Jacmel Info
