
Dans une prise de position critique, Commission Artistique pour le Renouveau du Secteur Mascarade- CARESEM tire la sonnette d’alarme sur la situation du secteur culturel et de l’artisanat à Jacmel. L’organisation dénonce les initiatives qu’elle considère comme insuffisantes face aux difficultés rencontrées par les artistes, artisans et opérateurs culturels, et appelle à des actions concrètes en matière d’accompagnement, de sécurité, de commercialisation, de formation et de développement de l’économie culturelle.
Le texte de CARESEM :
QUAND LES FAUX-SEMBLANTS REMPLACENT LES VRAIES SOLUTIONS
Je n’aime pas l’hypocrisie qui se cache parfois derrière certaines initiatives. Elle finit par insulter l’intelligence de celles et ceux qui vivent réellement les difficultés du secteur culturel.
À Jacmel, nous connaissons déjà les problèmes. Nous savons où se trouvent les blessures, nous savons quels secteurs souffrent, nous savons ce que vivent nos artistes, nos artisans, nos créateurs et nos opérateurs culturels. Pourtant, trop souvent, nous donnons l’impression qu’il faut organiser une activité, réunir quelques personnes autour d’une table, prendre des photos et publier des communiqués pour faire croire que des solutions sont en train d’être apportées.
Mais une photo ne soigne pas une plaie. Une réunion ne remplace pas une politique culturelle. Et les discours ne peuvent pas, à eux seuls, sauver un secteur qui agonise.
Le secteur de l’artisanat, particulièrement, porte aujourd’hui une plaie profonde. Elle s’aggrave chaque jour sous le poids de l’insécurité généralisée, de l’absence de touristes, de la faiblesse du marché, du manque d’accompagnement et de l’absence de perspectives économiques réelles.
Des artisans qui ont consacré leur vie à leur métier commencent à se demander s’ils peuvent encore en vivre. Des jeunes qui auraient pu reprendre le flambeau préfèrent chercher ailleurs une possibilité d’avenir. Des savoir-faire qui devraient être transmis risquent de disparaître dans le silence.
Et pendant ce temps, Jacmel continue d’être présentée comme une ville créative, une ville d’art et d’artisanat.
Mais peut-on réellement parler de ville créative lorsque les créateurs ne savent plus comment survivre de leur création ?
Il faut avoir le courage d’aborder chaque secteur avec honnêteté : l’artisanat, les arts plastiques, la musique, la danse, le théâtre, le patrimoine, les métiers créatifs, les événements culturels et toute cette économie qui fait vivre une partie de notre identité.
Nous n’avons pas besoin de faire semblant d’agir. Nous avons besoin d’agir réellement.
Il faut écouter les acteurs de terrain, identifier les problèmes spécifiques de chaque secteur, établir des priorités, créer des mécanismes d’accompagnement et surtout mesurer les résultats. Il faut parler de sécurité, de débouchés, de formation, de production, de commercialisation, de tourisme culturel et de transmission des savoir-faire.
La culture ne demande pas seulement qu’on parle d’elle. Elle demande qu’on investisse en elle.
Jacmel ne manque ni de talents, ni de créativité, ni de patrimoine. Ce qui manque, c’est une véritable volonté de transformer cette richesse culturelle en perspectives concrètes pour celles et ceux qui la portent.
Arrêtons donc de maquiller les problèmes.
Regardons la réalité en face.
Nos artisans ne demandent pas de la compassion. Ils demandent des conditions pour travailler, créer, vendre et espérer.
Parce qu’une ville qui laisse mourir ses artisans ne perd pas seulement des métiers.
Elle perd une partie de sa mémoire, de son identité et de son avenir.
Jacmel doit cesser de faire semblant d’être une ville créative. Elle doit créer les conditions pour que ses créateurs puissent réellement vivre de leur créativité.
CARESEM
