
Le renouvellement, pour six mois, du mandat de la Force de répression des gangs (FRG), jusqu’au 31 mars 2027, relance le débat sur l’efficacité de la réponse sécuritaire en Haïti. Pour le Mouvement Point Final, cette nouvelle étape ne suffit pas à résoudre la crise : l’absence, selon lui, d’une stratégie clairement coordonnée entre les forces nationales et internationales entretient une véritable « cacophonie » dans la lutte contre les groupes armés.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a prolongé le mandat de la FRG alors que la situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante. Selon Reuters, la force ne comptait encore qu’environ 1 500 membres déployés sur les 5 500 prévus, tandis que les violences des groupes armés continuent de provoquer déplacements et pertes humaines.
Une succession de missions qui interroge
Dans une déclaration signée par son coordonnateur général, Ulysse Jean Chenet, le Mouvement Point Final estime que la transition entre la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, et la FRG s’est faite dans un contexte marqué par un déficit de communication et de visibilité sur les plans opérationnels.
La FRG a officiellement succédé à la MMAS le 1er avril 2026. Les documents de la mission indiquent toutefois que son déploiement s’est effectué progressivement, avec l’arrivée des premiers éléments et la mise en place de ses structures opérationnelles au fil des mois.
Pour le Mouvement Point Final, cette succession de missions internationales sans résultats suffisamment visibles soulève donc une question fondamentale : quelle stratégie globale l’État haïtien entend-il mettre en œuvre pour reprendre durablement le contrôle des territoires contrôlés par les groupes armés ?
Plusieurs forces mobilisées, une stratégie encore contestée
Le mouvement évoque la présence simultanée de plusieurs acteurs engagés dans la lutte contre les gangs : la FRG, la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti (FAd’H), la BSAP ainsi que des contractants privés associés à Erik Prince.
Sur ce dernier point, Reuters avait rapporté en 2025 qu’Erik Prince affirmait disposer d’un accord de dix ans avec Haïti concernant les activités de son entreprise Vectus Global dans le domaine de la sécurité et, à terme, de la fiscalité.
Le Mouvement Point Final considère que cette multiplicité d’acteurs pose un problème de coordination et de responsabilité. « Beaucoup de forces sans solution », résume l’organisation, qui réclame une clarification de la chaîne de commandement et des objectifs poursuivis.
Cette critique intervient alors même que la stratégie officielle de la FRG prévoit une coopération avec la PNH et les Forces armées d’Haïti. La mission affirme avoir pour objectif de réduire les capacités opérationnelles des groupes armés afin de permettre progressivement aux institutions haïtiennes de reprendre le contrôle du territoire.
Des groupes armés qui cherchent à consolider leur emprise
Pour le Mouvement Point Final, le problème dépasse désormais les affrontements entre gangs et forces de sécurité. L’organisation estime que certains groupes armés développent progressivement des structures capables de contrôler des territoires, de réglementer les déplacements et de maintenir une forme d’organisation interne.
Le mouvement cite notamment les zones de Carrefour et de Croix-des-Bouquets pour illustrer ce qu’il présente comme une évolution vers des formes de pouvoir parallèle. Il affirme également que certains groupes disposent d’unités opérationnelles et développent des mécanismes de coordination entre eux.
Ces affirmations constituent l’analyse du Mouvement Point Final. Elles s’inscrivent néanmoins dans un contexte où les Nations unies constatent depuis plusieurs années l’extension de l’emprise des groupes armés sur des territoires et l’affaiblissement des capacités de l’État à y exercer son autorité.
« Éviter une guerre civile et de mauvaises élections »
Dans son analyse, le Mouvement Point Final met également en garde contre deux risques qu’il juge particulièrement préoccupants dans les prochains mois : une aggravation du conflit jusqu’à une guerre civile et une crise postélectorale.
La question électorale occupe une place centrale dans le dispositif sécuritaire international. Le renouvellement du mandat de la FRG intervient notamment dans la perspective des élections annoncées pour le 13 décembre 2026. Reuters rapporte que le Conseil de sécurité a justifié la prolongation de la mission par la nécessité de renforcer la sécurité avant ce scrutin.
Le mouvement estime ainsi que la sécurité et le processus électoral doivent être abordés de manière coordonnée afin d’éviter que les violences armées ne compromettent davantage la participation de la population et la légitimité du processus politique.
La gouvernance au cœur des propositions du mouvement
Au-delà de la critique de la réponse sécuritaire, le Mouvement Point Final avance une proposition politique : un changement de gouvernance.
Pour Ulysse Jean Chenet, la persistance de l’insécurité malgré la multiplication des interventions nationales et internationales révèle, selon son organisation, les limites de l’approche actuelle. Le mouvement soutient que la sécurité doit avant tout relever de l’État haïtien et que les forces étrangères ne peuvent se substituer durablement aux institutions nationales.
Cette position contraste toutefois avec le dispositif international actuel, qui présente la FRG comme une force temporaire destinée à appuyer les institutions haïtiennes plutôt qu’à les remplacer. La mission affirme explicitement que son objectif est de créer les conditions permettant à l’État haïtien de reprendre progressivement le contrôle de son territoire.
Une crise qui dépasse la seule dimension militaire
Le Mouvement Point Final élargit enfin son analyse à la dimension économique de la crise. Il estime que l’insécurité haïtienne est alimentée par une économie criminelle impliquant, selon ses termes, des groupes armés, des acteurs économiques, des intérêts politiques et des réseaux internationaux.
Ces accusations générales ne sont pas étayées dans la déclaration par des éléments permettant d’attribuer individuellement des responsabilités. Elles constituent donc la lecture politique et économique défendue par le mouvement.
Pour l’organisation, une réponse exclusivement militaire ne saurait suffire. Elle appelle à une stratégie nationale capable d’articuler sécurité, justice, gouvernance, contrôle territorial et rétablissement des institutions publiques.
« Le peuple haïtien doit rétablir la sécurité »
Au terme de sa déclaration, le Mouvement Point Final réaffirme sa conviction que la solution à la crise sécuritaire doit être essentiellement haïtienne.
« Sauf le peuple haïtien peut rétablir la sécurité, l’ordre et la paix dans le pays », soutient Ulysse Jean Chenet, qui considère la multiplication des forces présentes sur le terrain comme le symptôme d’une absence de stratégie commune.
Le renouvellement de la FRG apporte donc six mois supplémentaires au dispositif international. Mais, derrière cette décision, demeure la question fondamentale soulevée par le Mouvement Point Final : comment transformer la multiplication des moyens sécuritaires en une stratégie cohérente permettant effectivement à l’État haïtien de reprendre durablement le contrôle de son territoire ?
