
Le Carnaval de Jacmel ne devrait pas être considéré uniquement comme une manifestation culturelle annuelle, mais comme un véritable levier de développement économique, touristique et social. C’est l’idée défendue par la gouverneure, comptable et journaliste Danise Davide Lejustal, lors d’une journée de réflexion sur la manifestation du carnaval de Jacmel, organisée par la mairie de Jacmel, ce vendredi 25 septembre 2026.
Intervenant autour du thème « Le Carnaval de Jacmel, moteur du développement local : quelles retombées pour l’économie, le tourisme et les communautés ? », Danise Davide Lejustal a mis en lumière les possibilités qu’offre cette manifestation culturelle pour stimuler les activités économiques, valoriser le patrimoine et créer de nouvelles opportunités pour les habitants de la ville et des zones environnantes.
Un potentiel économique à mieux exploiter
Pour Danise Davide Lejustal, les retombées économiques du Carnaval dépassent les seules activités organisées pendant les jours de festivités. L’événement mobilise une diversité d’acteurs, dont les artisans, les artistes, les musiciens, les couturiers, les restaurateurs, les hôteliers, les chauffeurs, les photographes et les commerçants.
Les dépenses effectuées par les visiteurs en matière de transport, d’hébergement, de restauration et d’achat de produits artisanaux peuvent ainsi contribuer à alimenter l’économie locale et à soutenir les petites entreprises.
Toutefois, la conférencière estime que l’enjeu consiste à prolonger ces retombées au-delà de la période carnavalesque. Elle préconise notamment de favoriser la commercialisation des créations artisanales tout au long de l’année, de développer les ateliers de découverte et de formation et de soutenir les initiatives entrepreneuriales liées aux industries culturelles.
L’objectif est de faire du Carnaval un point de départ pour une économie culturelle permanente, capable de générer des revenus et de créer des emplois durables.
Faire du Carnaval une porte d’entrée vers la destination Jacmel
Abordant la dimension touristique, Danise Davide Lejustal a souligné que le Carnaval pourrait servir de porte d’entrée à la découverte de l’ensemble du patrimoine de Jacmel et du département du Sud-est.
Elle a notamment évoqué la nécessité de mieux articuler les activités carnavalesques avec la découverte du centre historique, des ateliers d’artisans, des plages, de la gastronomie locale et des sites historiques et touristiques.
Dans cette perspective, elle encourage le développement d’une offre touristique intégrée permettant aux visiteurs de prolonger leur séjour et de répartir leurs dépenses entre plusieurs prestataires locaux.
La promotion de la destination Jacmel constitue également un enjeu majeur. Selon la Gouverneure, les médias et les plateformes numériques peuvent contribuer à faire connaître le patrimoine et les créations artistiques de la ville auprès des visiteurs haïtiens et étrangers.
L’idée, a-t-elle expliqué, est de ne pas promouvoir uniquement le Carnaval, mais de présenter Jacmel comme une destination culturelle et touristique à découvrir tout au long de l’année.
L’économie créative au service du patrimoine
La journaliste a également insisté sur le potentiel de l’économie créative, qui permet de transformer les savoir-faire, la créativité et les traditions en activités économiques, tout en préservant leur authenticité.
Les masques, les costumes et les créations artistiques associés au Carnaval pourraient notamment être valorisés à travers des expositions, des galeries, des boutiques artisanales et des circuits touristiques. Cette démarche offrirait aux artisans et aux artistes de nouveaux débouchés commerciaux, tout en contribuant à la transmission des traditions culturelles aux générations futures.
Les jeunes, les femmes et les communautés au cœur des retombées
Pour que le Carnaval contribue véritablement au développement local, ses bénéfices doivent également atteindre les différentes catégories de la population.
Danise Davide Lejustal a notamment mis l’accent sur les possibilités de formation et d’insertion professionnelle pour les jeunes dans des domaines tels que l’artisanat, la confection de costumes, la photographie, la vidéo, la communication numérique et l’organisation événementielle.
Elle a aussi plaidé pour un meilleur accès des femmes aux financements, aux formations, aux espaces de vente et aux marchés touristiques.
La conférencière estime par ailleurs que les retombées du Carnaval ne devraient pas se limiter au centre-ville. Les communautés rurales pourraient également bénéficier de cette dynamique grâce à la promotion des produits locaux, de la gastronomie, de l’artisanat et du tourisme communautaire.
Infrastructures, gouvernance et financement : des défis à relever
Malgré les possibilités offertes par le Carnaval, plusieurs obstacles restent à surmonter. La qualité des infrastructures, l’assainissement, la gestion des déchets, les transports, la sécurité et les capacités d’accueil figurent parmi les principaux défis évoqués.
La question de la gouvernance occupe également une place importante. Selon l’approche défendue par Danise Davide Lejustal, le développement du Carnaval nécessite une meilleure coordination entre la mairie, les autorités publiques, les artistes, les artisans, les organisations culturelles, les professionnels du tourisme, le secteur privé et les communautés locales.
La diversification des sources de financement, notamment à travers des partenariats entre les pouvoirs publics, les entreprises, les acteurs culturels et la diaspora, pourrait également contribuer à renforcer la pérennité de l’événement.
Vers une stratégie durable autour du Carnaval
Pour transformer ce potentiel en résultats concrets, Danise Davide Lejustal propose d’intégrer le Carnaval dans une stratégie globale de développement culturel, économique et touristique de Jacmel.
Elle suggère notamment la mise en place d’un mécanisme d’évaluation permettant de mesurer les retombées de l’événement à partir d’indicateurs tels que le nombre de visiteurs, la durée des séjours, les dépenses touristiques, les emplois créés et les revenus générés pour les artisans et les commerçants. Elle préconise également de développer une identité touristique autour de Jacmel, associant patrimoine, créativité, artisanat, gastronomie et nature, tout en multipliant les activités culturelles en dehors de la période carnavalesque.
Une telle approche permettrait de faire des créations artistiques et des traditions carnavalesques une ressource économique mobilisable durant toute l’année.
A la fin de son intervention, Danise Davide Lejustal estime que le véritable enjeu n’est pas seulement d’attirer davantage de visiteurs au Carnaval, mais de faire en sorte que leur présence profite durablement à la population. Pour elle, le Carnaval de Jacmel doit dépasser sa dimension festive pour devenir un instrument de création de richesses, de valorisation du patrimoine et de développement inclusif. La priorité est désormais de mettre en place les mécanismes nécessaires pour que cette richesse culturelle se traduise en emplois, en revenus et en opportunités concrètes pour le département du Sud-est.
